Le cannabis dans les sports d'endurance
TL;DR
- Études de prévalence (Colorado) : jusqu'à 82 % des sportifs consommant du cannabis l'utilisent autour de l'entraînement.
- Effets subjectifs : focus, tolérance à la monotonie, distanciation de la douleur.
- Objectivement : VO2max légèrement réduit, fréquence cardiaque augmentée (Renaud 1975).
- Conclusion : pas d'avantage ergogène — plutôt motivation subjective.
Pourquoi les traileurs rapportent-ils des effets ?
Le cannabis chevauche neurologiquement le signal endogène du runner's high (anandamide, 2-AG). Les récits font état d'immersion accrue et de perception du temps altérée — utile sur les ultras, mais pas un substitut à la forme (Kennedy 2017).
Charge physiologique et phase de récupération
L'effet aigu du tétrahydrocannabinol (THC) sur le système cardiovasculaire limite la performance sportive lors d'efforts d'endurance intenses. Comme le THC augmente la fréquence cardiaque déjà au repos, le corps atteint plus rapidement sa limite de performance lors d'un effort submaximal. L'absorption d'oxygène devient moins efficace, ce qui réduit la capacité aérobie. C'est pourquoi, du point de vue de la science du sport, la consommation juste avant ou pendant l'entraînement est contre-productive. De plus, l'effet psychotrope altère la coordination et la capacité de réaction, ce qui augmente considérablement le risque d'accident à vélo ou lors de trail running sur terrain accidenté.
Durant la phase de récupération après un sport d'endurance, d'autres aspects retiennent l'attention des athlètes. Les consommateurs font souvent état d'une amélioration subjective de la récupération et d'un relâchement musculaire plus rapide. Les preuves scientifiques d'une régénération physiologique accélérée par les cannabinoïdes sont toutefois rares. Alors que le cannabidiol (CBD) est apprécié pour ses propriétés anti-inflammatoires présumées, le THC peut influencer le cycle du sommeil. Un sommeil profond et ininterrompu est essentiel pour la régénération musculaire. Les recherches suggèrent qu'une consommation chronique peut raccourcir les phases importantes de sommeil paradoxal (REM), ce qui nuit au développement des performances à long terme.
- L'augmentation de la fréquence cardiaque entraîne une fatigue plus rapide lors d'efforts aérobies.
- Risque accru de chute et de blessure en raison d'une altération de la coordination psychomotrice.
- Altération potentielle de la qualité du sommeil due à la modification des phases de sommeil lors de la consommation de THC.
- Le CBD est utilisé durant la phase de récupération pour ses effets relaxants subjectifs sur la musculature.
Cadre juridique dans le sport et la vie quotidienne en Suisse
Pour les sportives et les sportifs en Suisse, les valeurs limites légales sont d'une importance capitale. Les produits à base de cannabis dont la teneur totale en THC est inférieure à un pour cent ne sont pas considérés comme des stupéfiants au sens de la loi sur les stupéfiants et sont disponibles légalement. Néanmoins, les athlètes actifs doivent faire preuve de prudence : dans le sport organisé, le THC est soumis aux dispositions antidopage de Swiss Sport Integrity et de l'Agence mondiale antidopage (WADA). En compétition, le THC est interdit, tandis que le CBD y est autorisé. En raison de contaminations dans les produits à base de CBD en vente libre, il existe toutefois toujours un risque de contrôle antidopage positif involontaire, raison pour laquelle la plus grande prudence est de mise lors du choix des produits.
Un autre aspect critique concerne la circulation routière en Suisse. Quiconque circule à vélo ou en voiture après avoir consommé du cannabis contenant du THC s'expose à de lourdes sanctions. Une politique de tolérance zéro stricte est appliquée, avec une valeur limite légale de 1,5 microgramme de THC par litre de sang. Comme le THC et ses produits de dégradation s'accumulent dans l'organisme et ne sont éliminés que lentement, l'incapacité de conduire peut encore être constatée plusieurs jours après la dernière consommation. Cela concerne également les sportifs qui utilisent le cannabis exclusivement pour la récupération du soir et qui partent le lendemain pour une séance d'entraînement sur la voie publique.
- Valeur limite légale de THC inférieure à un pour cent pour l'achat légal en Suisse.
- Tolérance zéro stricte dans la circulation routière avec une valeur limite de 1,5 microgramme de THC par litre de sang.
- Le THC est interdit en compétition selon les directives de la WADA ; le CBD est autorisé sous certaines conditions.
- Risque de contamination croisée avec du THC dans des préparations prétendument pures à base de CBD.
Modes de consommation et minimisation des risques pour la santé
Le mode de consommation joue un rôle décisif pour les athlètes d'endurance, car la fonction pulmonaire constitue la base de la performance aérobie. La consommation classique de cannabis sous forme de fumée, en particulier en combinaison avec du tabac, libère du goudron, du monoxyde de carbone et d'autres produits de combustion. Ces substances nocives endommagent les voies respiratoires, réduisent le volume pulmonaire et altèrent les échanges gazeux dans les alvéoles. Pour les sportifs ambitieux, fumer est donc le mode de consommation le plus nocif. Bien que la vaporisation à l'aide d'un vaporisateur préserve les poumons des résidus de combustion, les aérosols chauds peuvent néanmoins irriter les voies respiratoires et entraîner une hyperréactivité bronchique.
Comme alternative, certains sportifs choisissent des modes de consommation par voie orale, tels que des huiles ou des capsules. Dans ce cas, la charge sur les voies respiratoires est totalement éliminée, mais la pharmacocinétique change radicalement. L'effet se manifeste avec un retard important et son intensité est plus difficile à évaluer, car il doit passer par le système gastro-intestinal. Cela augmente le risque de surdosage. En cas d'incertitude ou d'effets indésirables, Tox Info Suisse propose des conseils médicaux 24 heures sur 24 au numéro de téléphone 145. Les sportifs doivent également savoir que le cannabis médical peut être prescrit par un médecin depuis août 2022 sans autorisation exceptionnelle de l'OFSP, ce qui permet une utilisation contrôlée.
- Fumer endommage durablement les voies respiratoires et réduit la capacité d'absorption d'oxygène des poumons.
- La vaporisation évite les substances nocives issues de la combustion, mais peut tout de même irriter les bronches.
- L'ingestion orale ménage les poumons, mais présente des risques en raison d'un début d'effet tardif et d'une posologie difficile à doser.
- Le cannabis médical est directement prescriptible par un médecin en Suisse depuis août 2022.
FAQ
Le cannabis augmente-t-il le risque d'infarctus à l'effort ?
Oui, à court terme : fréquence cardiaque et besoin en O2 augmentent. Prudence en cas de coronaropathie connue (Mittleman 2001).
Comment le CBD agit-il sur les courbatures après un entraînement d'endurance ?
Le cannabidiol (CBD) est utilisé par de nombreux sportifs d'endurance pour soutenir la récupération. Les données scientifiques actuelles suggèrent que le CBD pourrait posséder des propriétés anti-inflammatoires et analgésiques, qui sont subjectivement perçues comme bénéfiques en cas de courbatures. Cependant, il manque à ce jour des études cliniques à grande échelle prouvant de manière indubitable une accélération de la guérison physiologique des tissus. Les sportifs doivent donc considérer le CBD comme une mesure complémentaire et ne pas renoncer aux méthodes de récupération éprouvées telles que les étirements, l'alimentation et un sommeil suffisant.
Puis-je faire du sport et conduire après avoir consommé du cannabis CBD légal en Suisse ?
Pour la pratique du sport dans un cadre privé, il n'existe aucune restriction. Dans la circulation routière, une prudence extrême est toutefois de mise. Même le cannabis dit CBD contenant moins d'un pour cent de THC renferme de faibles quantités de tétrahydrocannabinol. En cas de consommation régulière ou intensive, le THC peut s'accumuler dans l'organisme. De ce fait, la valeur limite suisse stricte de 1,5 microgramme de THC par litre de sang dans la circulation routière est rapidement dépassée. Quiconque prend le volant risque un retrait de permis de conduire, car les autorités appliquent une politique de tolérance zéro.
Le cannabis est-il considéré comme du dopage dans la course à pied officielle en Suisse ?
Oui, selon les directives de Swiss Sport Integrity et de la WADA, le tétrahydrocannabinol (THC) est interdit en compétition. Un résultat positif lors d'un contrôle antidopage durant un événement officiel de course à pied peut entraîner des disqualifications et des suspensions de plusieurs années. En dehors des compétitions, la consommation n'est certes pas interdite du point de vue des règles antidopage, mais en raison de la persistance prolongée du THC dans l'organisme, il existe un risque de test positif le jour de la compétition. Le CBD pur est en revanche exclu de l'interdiction.