Classification des chemovars : la systématique chémotype I à V

Un chémotype classe le cannabis selon le rapport de cannabinoïdes plutôt que par nom : type I (dominant THC), type II (THC:CBD mixte), type III (dominant CBD), type IV (dominant CBGA) et type V (pauvre en cannabinoïdes/chanvre). Ce rapport est déterminé par un seul locus génique à deux allèles (B_D, B_T) codant respectivement la THCA- et la CBDA-synthase.

TL;DR

  • 5 chémotypes (I-V) au lieu d'Indica/Sativa classent le cannabis selon le rapport de cannabinoïdes.
  • Un seul locus génique à deux allèles pilote le rapport THC:CBD.
  • Le type II (mixte) suit une ségrégation mendélienne classique 1:2:1 dans les croisements.
  • Chemovar = chémotype + profil terpénique dominant — critère de classification plus précis que le nom de variété.

Comment fonctionne le modèle allélique B_D/B_T ?

De Meijer et al. (2003) ont montré que le rapport THC:CBD est majoritairement contrôlé par un seul locus à deux allèles : B_D code une CBDA-synthase fonctionnelle, B_T une THCA-synthase fonctionnelle. Une plante avec deux allèles B_T (B_T/B_T) est de chémotype I (dominant THC), B_D/B_D est de chémotype III (dominant CBD), et la combinaison hétérozygote B_D/B_T donne le chémotype II à profil mixte. En croisant deux parents de chémotype II, la descendance suit une ségrégation classique 1:2:1 — un exemple rare d'hérédité mendélienne simple pour un profil chimique complexe.

Qu'est-ce qu'un « chemovar » par rapport au nom de variété ?

Le terme chemovar (chemical variety) combine chémotype (rapport de cannabinoïdes) et profil terpénique dominant, par ex. « chémotype I, dominant myrcène ». Hazekamp et al. (2016) proposent ce système car il est mesurable en laboratoire de façon reproductible, alors que des noms comme « OG Kush » peuvent recouvrir des profils chimiques totalement différents selon le sélectionneur. Pour les consommateurs et les professionnels de santé, le chemovar est donc une indication plus parlante que le nom commercial.

Pourquoi les 91 fiches de variétés du site affichent-elles pourtant un nom ?

Les noms de variétés restent ancrés pour le marketing et la reconnaissance, et sont donc conservés ici, mais comme repère indicatif, non comme garantie. Lorsqu'ils sont disponibles, les résultats de laboratoire (plage THC/CBD, top 3 terpènes) complètent l'information réelle de chemovar. Pour un profil fiable, mieux vaut se référer au certificat d'analyse (COA) du lot en cours plutôt qu'au nom.

Réglementation suisse et limite des chémotypes

En Suisse, la valeur limite d'un pour cent de THC total détermine la classification juridique des produits à base de cannabis. Cette distinction stricte divise les chémotypes biologiques en deux classes réglementaires. Alors que le chémotype I (à dominante THC) et le chémotype II (type mixte) tombent sous le coup de la loi sur les stupéfiants en raison de leur teneur élevée en THC, le chémotype III (à dominante CBD) ainsi que les types IV et V, plus rares, sont disponibles légalement en tant que chanvre industriel ou produits CBD. Pour les consommateurs et les producteurs en Suisse, cette classification biologique est donc d'une importance existentielle afin d'éviter des conséquences juridiques au quotidien.

Depuis août 2022, l'accès aux applications médicales s'est simplifié en Suisse, car les médecins peuvent prescrire directement du cannabis médical. Les chémovars standardisés jouent ici un rôle central, car le cannabis médical doit être dosé avec précision. Les essais pilotes cantonaux en cours utilisent également cette classification scientifique pour étudier les remises contrôlées. Dans la circulation routière, une politique de tolérance zéro stricte s'applique toutefois, avec une valeur limite de 1,5 microgramme de THC par litre de sang, raison pour laquelle même la consommation de fleurs de chémotype III peut entraîner une incapacité de conduire en raison de traces minimes de THC.

  • La valeur limite de THC total inférieure à un pour cent détermine la légalité dans la vie quotidienne en Suisse.
  • Le chémotype III permet la production et l'acquisition légales sans statut de stupéfiant.
  • Les prescriptions médicales de cannabis médical utilisent les profils de chémovars pour une planification thérapeutique précise.
  • Les essais pilotes dans les villes suisses étudient la vente réglementée de chémotypes définis.
  • La tolérance zéro stricte dans la circulation routière impose la prudence avec tous les chémotypes présentant des taux de THC mesurables.

Influence des terpènes sur la détermination du chémovar

Alors que le chémotype décrit exclusivement le rapport entre les principaux cannabinoïdes, le chémovar complet englobe également le profil terpénique d'une plante. Les terpènes sont des composés organiques volatils responsables de l'arôme et du goût caractéristiques des fleurs. Ils sont produits dans les trichomes glandulaires de la plante et varient fortement en fonction de la génétique et des conditions environnementales. Ce n'est que par la combinaison du rapport spécifique de cannabinoïdes et des terpènes dominants, tels que le myrcène, le limonène ou le bêta-caryophyllène, qu'une plante peut être caractérisée avec précision et différenciée d'autres lots.

La détermination du profil terpénique est indispensable pour la classification pharmaceutique et scientifique, car ces substances peuvent influencer l'effet global de la plante. Dans la littérature spécialisée, cette interaction est souvent étudiée, car les terpènes peuvent moduler l'assimilation des cannabinoïdes. Un certificat de chémovar répertorie donc, outre les concentrations de cannabinoïdes, les pourcentages des principaux terpènes. Sans cette analyse détaillée, toute classification reste incomplète, car deux plantes du même chémotype peuvent présenter des propriétés totalement différentes dans l'utilisation pratique en raison de terpènes distincts.

  • Les terpènes complètent le rapport de cannabinoïdes pour une identification complète d'un chémovar.
  • Les terpènes dominants tels que le myrcène, le limonène et le linalol façonnent le profil biologique.
  • Les analyses de laboratoire recensent systématiquement le spectre des terpènes pour les applications médicales.
  • L'interaction entre les terpènes et les cannabinoïdes influence les propriétés pharmacologiques.

Analyses de laboratoire et Certificate of Analysis (COA)

La détermination exacte d'un chémovar n'est possible que grâce à des analyses de laboratoire modernes, qui vont bien au-delà de simples évaluations visuelles. Le document le plus important dans ce processus est le « Certificate of Analysis », ou COA. Les concentrations précises des formes acides et des cannabinoïdes neutres sont mesurées par chromatographie en phase liquide à haute performance. Cette analyse est nécessaire, car l'œil nu ou l'odorat ne permettent pas de tirer des conclusions fiables sur le rapport exact de THC, de CBD ou de CBG. Seul un laboratoire certifié peut confirmer sans l'ombre d'un doute l'identité chimique d'un lot.

Pour les producteurs et les distributeurs en Suisse, cette analyse est prescrite par la loi afin de prouver le respect de la valeur limite de THC. Le prélèvement d'échantillons et l'analyse doivent suivre des procédures standardisées afin de fournir des résultats reproductibles. Outre les cannabinoïdes, un COA complet recense également les résidus potentiels de pesticides, de métaux lourds ou de moisissures. Pour les consommateurs, le COA offre la seule garantie que le produit acheté correspond effectivement au chémovar déclaré et qu'il est exempt de substances nocives indésirables, ce qui constitue une priorité absolue, en particulier dans le domaine médical.

  • La chromatographie en phase liquide à haute performance détermine les concentrations exactes de principes actifs en laboratoire.
  • Le Certificate of Analysis documente de manière exhaustive le profil chimique de chaque lot.
  • Les prescriptions légales exigent la preuve de la teneur en THC afin de garantir le respect des valeurs limites.
  • Les analyses de polluants en laboratoire garantissent la pureté et la qualité des fleurs analysées.

Les défis de la stabilisation des chémovars

La sélection et la stabilisation d'un chémovar particulier confrontent les sélectionneurs à des défis biologiques majeurs. Le cannabis étant une plante dioïque, il tend à présenter une grande variabilité génétique lors de la reproduction sexuée. Même si les plantes parentes présentent un profil de chémovar clair, la descendance de la génération suivante peut en différer considérablement. Afin de garantir un profil homogène, les sélectionneurs doivent procéder à une sélection sur plusieurs générations ou recourir à la multiplication végétative par bouturage. C'est le seul moyen de s'assurer que chaque plante développe de manière stable le ratio souhaité de principes actifs.

Outre la génétique, des facteurs environnementaux tels que le spectre lumineux, la température, l'apport en nutriments et l'humidité de l'air jouent également un rôle déterminant dans l'expression du chémovar. Cette plasticité dite phénotypique fait qu'une même génétique produit des concentrations variables de cannabinoïdes et de terpènes selon les conditions de culture. Pour une production standardisée, en particulier dans le domaine médical, un environnement indoor strictement contrôlé est donc indispensable. Seule la combinaison d'une génétique stable et de conditions environnementales constantes permet de cultiver un chémovar de manière reproductible d'un lot à l'autre.

  • Sans sélection rigoureuse, la reproduction sexuée entraîne une dispersion génétique des profils.
  • La multiplication végétative par bouturage garantit la conservation de chémovars identiques.
  • Les facteurs environnementaux tels que la lumière et la température influencent la concentration réelle en principes actifs.
  • Des installations indoor contrôlées sont nécessaires pour la production de profils médicaux constants.

FAQ

Le chémotype II est-il synonyme de « riche en CBD » ?

Non, le chémotype II signifie un rapport THC:CBD mixte (souvent proche de 1:1), pas nécessairement une valeur absolue élevée.

Une plante peut-elle changer de chémotype au cours de sa vie ?

Non, le rapport allélique est génétiquement fixé ; seules les concentrations absolues et les proportions terpéniques varient selon l'environnement.

Qu'est-ce que le chémotype IV ?

Un type rare, dominant en CBGA, où le précurseur CBGA n'est pas entièrement converti en THCA ou CBDA.

Pourquoi la systématique des chémotypes est-elle pertinente pour les professionnels de santé ?

Parce qu'elle fournit un système de classification standardisé et reproductible, permettant des attentes cohérentes en cannabinoïdes indépendamment des noms marketing.

En quoi le chémotype III se distingue-t-il du chanvre industriel ?

Le chémotype III se définit exclusivement par la dominance du CBD sur le THC, tandis que le chanvre industriel représente une catégorie juridique et agricole. Les variétés de chanvre industriel sont sélectionnées pour la production de fibres ou de graines et appartiennent généralement, sur le plan génétique, au chémotype III ou V, avec de très faibles concentrations de cannabinoïdes. En revanche, les variétés modernes de chémotype III destinées au marché suisse ont souvent été optimisées de manière ciblée pour obtenir des teneurs élevées en CBD et en terpènes, tout en respectant la valeur limite de THC inférieure à un pour cent.

Pourquoi la valeur limite suisse de THC est-elle importante pour la classification des chémovars ?

La limite suisse de moins d'un pour cent de THC total détermine si un chémovar peut être commercialisé légalement comme objet d'usage courant ou uniquement comme stupéfiant contrôlé. Alors que des limites souvent plus strictes s'appliquent dans l'Union européenne, la réglementation suisse permet la culture et la distribution légales de profils de chémotype III plus larges. En Suisse, cela a conduit à un paysage de sélection spécialisé, concentré sur des chémovars à dominante CBD avec des profils terpéniques complexes qui ne sont pas classés légalement comme stupéfiants.

Le chémovar d'une plante peut-il être influencé par la période de récolte ?

Oui, le moment de la récolte influence considérablement le chémovar, car les cannabinoïdes et les terpènes se modifient continuellement durant la phase de floraison. La synthèse du THCA et du CBDA atteint son maximum à un stade de maturité précis, avant qu'une dégradation en d'autres composés comme le CBN ne commence. Le profil terpénique se modifie également de manière significative au cours des dernières semaines de floraison. Une récolte trop précoce ou trop tardive altère ainsi le profil chimique global et peut influencer négativement le chémotype d'un lot.

Qu'entend-on par chémotype V ?

Le chémotype V désigne des plantes de chanvre qui ne développent pratiquement aucun cannabinoïde détectable dans leurs fleurs et leurs feuilles. Ces plantes sont génétiquement constituées de manière à ce que les voies de biosynthèse des précurseurs soient bloquées ou extrêmement inactives. Le type V est principalement utilisé dans la production industrielle de fibres et de graines de chanvre, car il n'y a aucun intérêt pour les substances actives psychoactives ou thérapeutiques. Par conséquent, ce chémotype sans cannabinoïdes ne joue aucun rôle dans les applications médicales ou dans le domaine récréatif.